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Même poids, même surface
corporelle, Paul et le Chat sont à égalité. Comme ces bombes
qui explosent orange, ces bourgeons visqueux qui éclatent
blanchâtres. Sur le plan du langage, Paul ne sait que moduler
son « da », ce qui vaut bien un miaulement. S’ils pèsent le
même poids, occupent la même surface corporelle, ils dépendent
de moi pour les nourrir, leur apporter de l’affection.
-Paul ! dis-je. Sa figure se fend en abricot, il remue dix
doigts, entraînant autant de fossettes. Puis il retourne à sa
principale occupation : retirer ses chaussettes ou arracher
des brins d’herbe. Le Chat que j’appelle avec toujours la même
intonation de la voix, tourne aussi la tête vers moi d’un air
un peu distrait, orientant les oreilles dans ma direction. Il
lève un début de queue pour montrer que, oui, il m’a repérée,
puis fixe passionnément, parmi les hautes herbes, un éphémère,
un papillon jaune – enfin, quelque chose que je ne vois pas.
L’attention qu’ils me concèdent l’un et l’autre ne dépend
somme toute que de leur degré de faim. Parfois ils m’accordent
quelque tendresse, toujours en silence. Ainsi Paul appuie-t-il
ses joues, son nez contre mon visage. Son souffle court,
précipité, se renvoie sur le mien, il suçote ma joue
m’aspergeant de salive, me tire un peu les cheveux puis, quand
il en a assez, me repousse du plat de la main.
Le Chat me donne aussi le
même genre de baiser sauvage. Brusquement, il s’accroupit en
forme de tortue laissant seulement dépasser ses pattes
blanches, avance un museau rose, yeux clos et m’assène un ou
deux petits coups froids et mouillés. Il fallait savoir ne pas
leur en réclamer davantage…
Combien de temps un Chat peut-il adopter un bébé de dix mois
après la noyade de ses chatons ? Cela dura le temps de l’ombre
des feuilles sur les fleurs. Un peu plus d’une semaine, dix
jours…Court, peut-être – suffisamment pour faire des milliers
de morts.
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