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MEURS LA FAIM

 

Maud est une petite fille de 5 ans dont les parents sont très occupés. Elle va bientôt avoir un petit frère ou une petite soeur Son père est plongé dans ses recherches et sa mère très savante a des réponses définitives sur tous les sujets. Les parents de Maud déménagent souvent et chaque fois ils peignent tous les murs en blanc. Tout dans les appartements est blanc et froid. Maud rêve d'avoir une chambre rose… Son père ne la regarde jamais, ne s'occupe pas d'elle mais lui donne des gifles régulièrement. Maud s'isole de plus en plus tant au collège où elle n'a pas d'amies qu'à la maison où elle ne supporte plus ses parents. Petit à petit, elle devient boulimique et sa seule consolation est de se remplir de nourriture mais une fois encore ses parents ne voient rien. Elle finira par se prendre en charge elle-même .

 

 

Analyse

Livre bouleversant par la force qui s'en dégage. On voit parfaitement la spirale qui mènera Maud au bord de la folie et on assiste à ce naufrage devant l'indifférence et le non-dit des parents. Les silences familiaux pèsent comme une chape de plomb. Livre autobiographique très intéressant tant par les relations parents-enfants, que par la conséquence (la boulimie) et la guérison.

Extrait

En l’air, le ciel est blanc, tellement il veut être bleu. Même pas un petit nuage pour s’accrocher. Au sol, quelques maisons éparses et cette roche calcaire comme des gros morceaux de sucre qui renvoie le soleil. Ce silence qui rend le soleil plus fort.

            L’appartement est immense avec du blanc partout, au sol, au plafond, sur les murs. Sans but, je parcours ce dédale d’albumine. Dans mes promenades, je rencontre peu de meubles mais beaucoup de cartons. Tout est vide. Ce que je connais est ailleurs mais où ?

            Au sol, il y a du marbre blanc, au ciel volent des mouettes blanches, qui ne ressemblent pas aux oiseaux que je connais.

*

            Ma mère a les cheveux d’une couleur indéfinissable, plutôt raides. Sa bouche prononce sans cesse des paroles apaisantes. Je sais déjà que ma mère est très savante et qu’elle a toutes les réponses.

            Mon père a l’étrange particularité d’être là et pas là, en même temps. Il s’assoit face à un bureau à angles pointus et trace des bâtonnets à encre noire sur des feuilles blanches. Puis il contemple le résultat en poussant de profonds soupirs. Ses yeux se renversent. Je vois bien qu’il regarde à l’intérieur de son cerveau et qu’il ne me voit plus, ni Maman d’ailleurs.

            Quant à ma sœur ou mon frère, il ou elle, séjourne dans l’abdomen de ma mère. Personne, ne sait au juste ce qu’il ou elle, y fait.

 

Extrait

Soudain Elle surgit. Elle est bien là, déchirant de ses ongles griffus la toile grise de mon univers. Elle ordonne : « Vas-y, retire de l’argent ! ». Les billets mauves sont déjà dans mes mains. Ketchup, mayonnaise, moutarde. Non, je ne veux pas. « Si, si, tu veux ! ». Mayonnaise. « Si ! Tu les mangeras ces frites. Tu vas toutes les manger,  et plein d’autres choses encore ! »

            Echevelée, Elle m’emporte dans ses bras rouges et forts. C’est Maud qui emmène Maud. Lâche-moi, tu me fais mal ! « Allez ! Viens avec moi ! Tu vas vider toutes les boulangeries de la rue de Rome. C’est toi la Force, qui t’emmène où je veux. Tais-toi ! C’est moi qui commande ici ! »

            Toutes deux nous voilà parties en courant, le long de la rue de Rome. Une boulangerie. Elle me bouscule à l’intérieur. J’ai juste eu le temps de jeter un œil dans le reflet de la vitrine. C’est pourtant bien moi, mais avec des yeux désordonnés.

            Le carillon de la porte d’entrée retentit. Nous sommes trois dans la boulangerie : la boulangère, la  Force et moi.

            - « C’est pourquoi Mademoiselle ? »

            - « Trois pains, non, cinq pains au chocolat ». La Force me donne des coups de poings dans le dos. Il lui en faut plus. « Prends plus ! Achète tout le magasin ! ».

J’hésite.

            - « Et cinq pizzas et ... ».

Je ne sais plus, la boulangère soupire. Le magasin commence à se remplir.

            - « Et ? »

« Allez, allez prends ! » hurle-t-Elle. Alors je lance des chiffres impairs, associés à des choses que je vois.

             - « Sept millefeuilles. Et trois religieuses ».

Une queue pressée se forme derrière moi.

            - « Et un kilo de truffes et ... ».

La boulangère s’énerve. La Force braille dans mes tympans. Elle vocifère des menaces. Tais-toi, tout le monde va t’entendre ! J’ai honte.

 

Commentaires de l'auteur

 

Ce qui m’a intéressé et motivé, dans l’écriture du texte était de dégager au travers de l’histoire du personnage, des explications concernant la mise en place d’une pathologie, compréhensibles pour tous.

 Malgré son apparence romanesque, l’ouvrage repose sur un travail important. Ainsi j’ai construit le récit de telle sorte que j’ai sélectionné les faits importants,  amenant au fur et à mesure au dysfonctionnement mental du personnage. Exemples non exhaustifs :

- concernant  le personnage : âge sensible (puberté) sexe (féminin)  avec prise            de poids récente (régimes amaigrissants), mauvaise image de soi, sensibilité,  pensée « dichotomique », facteur déclenchant de la crise...

- concernant le milieu familial, mère possessive, père absent,

- concernant le milieu social : classe sociale  aisée, fréquentation d’un collège, lycée en  région méditerranéenne d’où importance accrue  de l’apparence, lecture  de magazines féminins, etc.

 Les réflexes les plus courant du malade, de la famille  sont  de se tourner vers des  spécialistes traitant de  troubles pondéraux, de l’obésité,  (endocrinologue, un diététiciens). Dans cette pathologie complexe où kilos, poids  et faim masquent  angoisse, et dépression, il est très difficile d'amener le malade à se prendre en charge, à le pousser à faire un travail d’ordre psychanalytique.

Meurs la faim amène une véritable réflexion sur le dérèglement mental, et pose les questions différemment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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