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FLEUR DE PEAU
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Avec son mari Rémi, elle a
trois jeunes enfants, Paul et les jumeaux Louis et Marie. Elle
travaille désormais comme infirmière à la pénitentiaire.
Ivan R. est un détenu, ancien jardinier, qu’elle soigne pour
un simple mal de ventre.
Rencontre-coup de foudre entre deux êtres sensuels et intenses
qui accorde une place essentielle aux odeurs.
C'est un livre qui conforte
les femmes mais dérange les hommes, car Il montre le désir
féminin, sous une autre forme, non accessible au langage,
offert, à mi-chemin entre l animal et le végétal.
Le personnage principal y crée son propre royaume olfactif qui
donne à « voir » les odeurs.
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Extrait
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«Rémi inclina son front blanc, ses sourcils japonais,
au-dessus d’une copie. Soudain, tranquillement, paisiblement,
comme une femme qui se déshabille lentement, soulève les bras
sur ses aisselles blanches et pures, le parfum, son parfum
surgit du sac.
Certaines matières -cuirs, bois
exotiques- retiennent davantage les odeurs, les matériaux de
la pétrochimie semblaient, apparemment dotés des mêmes
propriétés.
Lentement, flottant par-dessus les
mèches cendrées des enfants, les copies barrées de rouge de
Rémi, le parfum se déroula.
Ses boucles irisées de couleurs
différentes toutes unies les unes aux autres, se mêlèrent au
fumet d’un rizotto qui mijotait, Il eut même le culot de se
faufiler à travers la porte du placard, d’en ressortir tout
alourdi de d’huile d’olive.
Se moquant de tous les seuils, toutes
les bornes, Ivan passait de pièce en pièce ; il explora
l’entrée, le salon, puis les chambres.
Paniquée, je tournai la tête à
droite, à gauche. Rémi donna une griffe rouge sur une copie,
un 7 méchant en coup de couteau ; dieu merci, ne s’aperçut de
rien. Non, il ne voyait pas ce ruban jaune qui franchissait,
débordait dépassait, outrepassait toutes les frontières, tous
les débuts, toutes les fins, toutes les conclusions,
terminaisons.
Et surtout, toutes les décisions.
Mes décisions.
Souple, vivant, l’hydrocarbone
conservait intact son parfum.
Intact Ivan.» |
Extrait
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« Son odeur de brune, plus
fine qu’elle, santal et cendre, imprégnait encore l’entrée.
Afin de me différencier d’elle, je flairais, sous les
aisselles, mon odeur naturelle. J’ai du mal à décrire mon
odeur : blonde, fade, tels mon visage et mon corps. Plus
précisément, je la cherche surtout dans les sécrétions du
corps dont le nom commence par un « s » : salive, sébum,
selles, sueurs ; elles ont le mérite de concentrer l’odeur
naturelle. Ma transpiration rappellerait ces graminées frêles,
un peu laiteuses, que coupent les enfants.
Bien entendu, j’avais questionné Rémi : j’eus droit à un vague
« noisette, orge grillée ». Cet aspect mi-formé, embryonnaire,
des odeurs, ne l’intéresse guère, lui, homme de raison acharné
à tailler les élèves, tuteurer des cervelles, palisser des
savoirs. »
« Le printemps fleurit si jaune que cela me fit mal Les champs
de colza, l’odeur du colza reflètele soleil, aussi éblouissant
que lui. Son absence se dessine de façon si précise contre le
jaune du colza que je pourrais la tailler.
À la serpe.
Les extrêmes se touchent.
L’odeur, c’est la présence intense, l’absence immense aussi.
Sentir, c’est ne plus jamais oublier, ni bonheur, ni douleur.
Les odeurs ne nous laissent pas le choix.
Ce sont elles qui décident. »
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Commentaires de l'auteur
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Ce qui m’intéresse, c’est
capter l’infime des sensations ; tout ce qui est généralement
dépourvu de mots. Dans ce roman, j’ai voulu développer le lien
« tabou » désir féminin, et odeurs intimes, étendre la gamme
du vocabulaire olfactif.
Pour le désir, je pouvais développer le sens du toucher. Or,
adjectifs et images concernant la peau (lisse –doux- chaud-
soyeux- élastique) sont vus, revus, et pour leur malheur,
existent. Et le désir, ce n’est pas la peau, c’est ce qui se
passe AVANT : tout l’imaginaire, le fantasme. Aussi ai-je
voulu attraper ce désir féminin, brutal, bestial et gênant car
non maîtrisé.
L’essentiel du travail a consisté à démontrer comment le désir
modifiait la perception olfactive. La femme « sent » que cet
homme lui plaît, elle le sait sans le savoir vraiment ; cela
ne lui est pas accessible au niveau du langage, d’où fleurs
papillons abeilles. Dans ce dernier texte, j’ai voulu
travailler sur le désir mais de façon très intime, très
indiscrète. Aller au creux de sa naissance biochimique,
explorer ces régions inconnues que la science nomme les «
phéromones ».
Ce rapport odeurs-désir m’a fait interroger beaucoup de
femmes. Combien d’entre elles m’ont avoué- tout en rougissant-
qu’elles reniflaient la transpiration de leur compagnon ?
D’autres, très « sages », devenaient « folles » jusqu’à «
traverser la rue pour sentir l’odeur d’un homme ». La femme «
sent », sait que cet homme lui plaît mais elle ignore le
mécanisme de ce désir. Oui, elle le sait sans le savoir
vraiment ; cela ne lui est pas accessible au niveau du
langage, d’où fleurs papillons abeilles. Après seulement, je
me suis remémoré mes cours de physio… bien après.
Tout cela n’est qu’une bête histoire physiologique, d’hormones
sexuelles, la 17 béta-œstradiol qui augmente l’odorat, à tel
point que durant la grossesse, noyée d’hormones, elle ne
supporte plus moindre aliment avarié, l’odeur de la poubelle
devient insoutenable, par exemple : protection mise en place
par Dame Nature pour sélectionner des aliments frais.
Après avoir fermé le manuscrit quelques lectrices déclarent
tout « renifler ». D’autres le trouvent dérangeant voire
exaspérant de sensations olfactives.
Justement, c’est l’effet attendu.
L’odeur dérange.
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